" Villa ROBINSON " Exposition des étudiants du DNA

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[22.05.2018]

Villa ROBINSON

Vernissage le mercredi 30 Mai à 18h30, 
Villa Robinson, 3 rue Beauséjour, à Biarritz.

Du 30 Mai au 3 juin, avec pour commissaires Didier ARNAUDET, critique d’art et écrivain et Vincent LABAUME, artiste, les étudiants de la nouvelle promotion du Diplôme National d’Art de L’École Supérieure d’Art Pays Basque exposent l’aboutissement de trois années de recherches et d’expérimentations.

Avec
Camila Andre-Conigliano-Urquijo, Marine Buytet, Youri Charbonnel, Elisabeth Cols, Jean Cormary, Elsa Darrouzet-Ceran, Charlotte Dumont, Charlélie Fayette, Victoire Finidori, Paul Julien, Thibault Gaudry, Saioa Lorentz, Louana Marmé, Dolça Mayol-Moulin, Emma Missal, Angelina Pavlova, Ugo Salaouatchi, Inès Tonon.

Exposition du 30 mai au 3 juin 2018
Horaires : 10h – 18h

Entrée libre

Adresse :
École Supérieure d'Art Pays Basque
Villa Robinson
3, rue Beauséjour
, 64200 Biarritz

Information
Tel : 05 59 47 80 02
undefinedcontact(at)esa-paysbasque.fr

https://www.facebook.com/paysbasque.esa

Communauté d’Agglomération Pays Basque 
Euskal Hirigune Elkargoa

 

Autonomie des éléments de mesure

C'est une villa familiale et urbaine des années trente, rafraîchie et pimpante dans son jus néo-basque, un chalet de ville donnant sur un jardin public situé au cœur de l'environnement postmoderne et multimédiatique du Plateau Image de la ville de Biarritz, concentrant deux BTS : audiovisuel et photo ; une médiathèque hight-tech ; un conservatoire à rayonnement régional et l'École Supérieure d'Art des Rocailles, rebaptisée tout récemment, l'École Supérieure d'Art Pays Basque. Rénovée par la Communauté d'Agglomération Pays Basque pour y consacrer des espaces d'ateliers individuels aux étudiants de cette dernière qui en était jusqu'ici dépourvue, les murs de ses anciennes chambres et salons ont été lestés de solides cimaises. Elle offrira en outre à la rentrée prochaine, pour les étudiants préparant leur diplôme, l'espace meublé et pourvu d'équipement nécessaire pour passer quelque temps à l'abri des inquisitions professorales.

Naturellement, cet embryon de chez-soi de l’étudiant de beaux-arts avait de quoi alimenter les convoitises et les projections de ces dix-huit artistes en devenir, étudiants passant leur premier diplôme équivalent licence qui, sans vouloir dire débauche, atteste une forme émancipée quand même. Une émancipation des êtres par les formes, les dites bonnes comme les dites mauvaises, qu’elles viennent par voisinages, par moules, par normes ou par accidents, êtres et formes émancipés par d’autres sortes d’êtres, ces objets pensants et parfois blessants que sont les œuvres, et qu’une école d’art, plus qu’elle n’enseigne, autorise et favorise.

En résumé : quand tous, diplôme en poche, allaient quitter l’école et bien souvent avec, le domicile parental, nous avons saisi le prétexte de l’inauguration de cette villa pour les mettre en demeure, à l’orée de leur dispersion, de se ramener tous à la maison. Comme si, au fond, au-delà des lieux consacrés à sa monstration publique (école, galerie, centre d’art, musée, fondation) l’art se devait d’être aussi confronté à la vie effective, la vie ordinaire et domestique, ce commun privé qui permet toutes les fictions et toutes les concurrences, tout en n’étant jamais, contrairement aux écoles et aux musées, une institution.

Cette « mise en demeure » était assortie d’une condition : travailler sur site. Non pas élire dans leur production de ces trois ans passés ensemble l’objet digne d’être domestiqué — le fétiche Arumbaya sur la cheminée, le Mobile au plafond…—, mais de rapporter leur compétence artistique acquise et leur autonomie des éléments de mesure à cette maison privée devenue brièvement la leur, pour une exposition publique unique, comme des primo-accédants au titre de la propriété artistique. Et « pas besoin d’un Monsieur Météo pour savoir d'où vient le vent », comme le chantait Bob Dylan en 1965 dans un de ses albums emblématiques qui s’intitule opportunément : Bringing It All Back Home (On Ramène Tout A la Maison).

On rameuta donc d’anciennes histoires d’habitat problématique et d’ameublement critique : des galeries rupestres de Lascaux (-17000 ans av. J.C.) aux Chambres d’amis, exposition conçue par le célèbre curator belge Jan Hoet en 1986, consistant à installer dans les domiciles d’habitants de la ville de Gand la fine-fleur mondiale de l’art contemporain de l’époque, dont le promoteur de l’art in-situ, Daniel Buren, ou celui de l’art conceptuel, Joseph Kosuth. On s’informa des dernières avancées de la question : comment habiter/penser sereinement aujourd’hui, à l’époque des migrations et des zadistes, et de la délocalisation planétaire du chez-soi… ? On partit du nomadisme deleuzien jusqu’à la pénétrante injonction plastique de Bruce Lee : « Sois de l’eau ! »

On arrima l’action expositoire par la formation administrative, donc arbitraire, de binômes de colocataires étudiants cherchant à louer et aménager un lieu de vie en partage. A ce stade de la rédaction, nous ne pouvons que conjecturer.

Marine Buytet raccourcira-t-elle ses formes, calquera-t-elle ses lignes, épousera-t-elle en maquette le désir archéo-pneumatique de Jean Cormary, d’émettre un souffle audible de la pierre ? 

Le binôme de Paul Julien et Saioa Lorentz, quant à lui, annoncera-t-il la rencontre fortuite de Monsieur Bricolage et Madame Soleil sur une table de supraconduction ? Tant les objets du premier sont physiques, matériels, techniques et les objets de la seconde : arty, évanescents, trompeurs.

Emma Missal tissera-t-elle sa cartographie crépusculaire des bouts et déchirures de nos paysages de rêves, pendant que Charlotte Dumont, tout près, performera la distance avec deux bottes de sept-lieues dépareillées ?

Victoire Finidori projettera-t-elle son acide pop aux portières enfruitées sur les vieilles lunes de l’art institué, les tableautins, les crottes de chien bombées, pendant que Louana Marmé brodera ses litanies de jouets sans enfants et déposera ses suaves hématomes au pastel vitriolé devant la cabine aux selfies de l’œil-de-bœuf ?

Elisabeth Cols dévoilera-t-elle l’absence de tout bouquet, le vide de toute présence, après avoir conquis de haute lutte le malaise créatif, dans la transe euphorique du retrait de l’ego, quand Ugo Salaouatchi sortira la lumière de ses toiles et l’empreinte de ses doigts pour les rendre à l’espace tel quel ?

Charlélie Fayette projettera-t-il son rébus existentiel fait des révoltes réinventées d’une génération perdue aux formes vécues sans pathos, tandis que Dolça Mayol-Moulin étirera les limites de la représentation et du jeu, dans un ensemble minimal contemporain des affects ?

Youri Charbonnel rapportera-t-il sa quête technoïde des failles de la représentation pour engager un combat d’incrustation avec les murs tandis qu’Angelina Pavlova dessinera son intérieur charnel des genres, ramenant toute broderie patiente du décor à l’évidence nue du sexe ?

Elsa Darrouzet-Ceran couvrira-t-elle les murs de ses bibliothèques  fantômes précises comme des relevés d’archéologues, tandis que Thibault Gaudry formera son pouce, poussera sa forme, les doigts dans le nez de papa ?

Enfin, Inès Tonon placardera-t-elle ses informations sexuelles, apparentées à des signalétiques urbaines, dans le couloir des colocations fatales avec Camilla Urquijo, la « Calamidad » en personne, une fée du logis cash, aux idoles trashs, et capable, si le feu prend, de se sauver en emportant le feu ?

Vincent Labaume
17 juin 2018

 

 

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